La disparition d’Abdelmadjid Meskoud marque la fin d’une voix profondément liée à l’imaginaire musical d’Alger. Le chanteur de chaâbi, rendu célèbre par “Ya Dzayer Ya El Aassima”, est mort à 73 ans après une longue maladie, selon plusieurs médias algériens, dont TSA, APS et des titres de la presse nationale. L’information a rapidement suscité une vague d’hommages, signe de l’attachement durable du public à un artiste qui a incarné, pendant des décennies, une manière simple et populaire de chanter la capitale.
Au-delà de l’émotion, cette disparition remet en lumière une réalité souvent négligée : le chaâbi algérois perd peu à peu certains de ses repères historiques, tandis que ses grandes figures vieillissent ou disparaissent sans toujours laisser d’archives largement accessibles. Dans le cas de Meskoud, l’importance de son parcours tient autant à sa chanson emblématique qu’à sa trajectoire d’artiste de quartier, formé loin des circuits académiques, mais reconnu par le public et honoré officiellement par l’État algérien.
Une figure populaire née à El Hamma
Abdelmadjid Meskoud est né en 1953 dans le quartier d’El Hamma, à Alger, dans un environnement populaire qui a fortement marqué son univers artistique. Selon des biographies reprises par la presse culturelle et des bases spécialisées, il a commencé très jeune à pratiquer la musique, avec une guitare dès 1969, alors qu’il n’avait encore que 16 ans.
Son parcours ne se limite pas à la chanson. Avant de s’imposer comme interprète de chaâbi, il a aussi fréquenté le théâtre, notamment au sein de troupes qui ont façonné sa présence scénique. Cette double expérience explique en partie son rapport direct avec le public : Meskoud ne cherchait pas l’effet spectaculaire, mais une expression proche de la vie quotidienne des quartiers algérois.
“Ya Dzayer Ya El Aassima”, une chanson devenue repère
La notoriété nationale d’Abdelmadjid Meskoud est surtout liée à “Ya Dzayer Ya El Aassima”, sortie à la fin des années 1980. D’après les éléments rapportés par TSA et d’autres médias, le titre date de 1989 et s’est imposé comme une chanson de référence sur Alger, au point d’être devenue l’une des œuvres les plus connues du chaâbi moderne.
Le succès de ce morceau tient à sa simplicité. Le texte évoque Alger avec nostalgie, attachement et fierté, sans détour ni artifices. C’est précisément ce registre qui l’a rendu durable : il parle à la mémoire collective des Algérois, mais aussi à la diaspora, qui y retrouve une image affective de la ville. Dans un paysage musical souvent dominé par des formats plus courts et plus commerciaux, cette chanson a conservé une valeur presque patrimoniale.
Un répertoire ancré dans le quotidien
Réduire Meskoud à son seul tube serait pourtant incomplet. Son répertoire comprend plusieurs titres régulièrement cités par les médias et les amateurs de chaâbi, comme “Ouled El Houma”, “Belcourt”, “Choufou Choufou” ou encore “Rihet El Bled”.
Ces chansons dessinent un univers cohérent. Elles parlent du quartier, des liens sociaux, de la nostalgie du pays et des petits récits du quotidien. Elles s’inscrivent dans une tradition où la chanson populaire n’est pas seulement un divertissement, mais aussi un témoignage sur la ville et ses habitants. Dans ce registre, Meskoud appartenait à une génération d’artistes pour qui la langue populaire n’était pas un frein, mais une force expressive.
En 2017, cette contribution a été reconnue officiellement avec l’attribution de l’ordre du mérite national à plusieurs figures culturelles, parmi lesquelles Abdelmadjid Meskoud. Ce geste institutionnel confirme sa place dans le patrimoine artistique algérien.
Les dernières années, entre maladie et hommage public
La fin de sa vie artistique a été marquée par un accident vasculaire cérébral survenu en 2016, qui l’a éloigné durablement de la scène. Son état de santé avait déjà attiré l’attention des autorités culturelles. En décembre 2025, la ministre de la Culture et des Arts, Soraya Mouloudji, lui avait rendu visite à l’hôpital d’Aïn Naâdja, à Alger, un signal rare de reconnaissance pour un artiste populaire encore vivant mais fragilisé.
Sa mort, annoncée le 13 ou le 14 mai 2026 selon les médias, a ensuite provoqué des messages de condoléances officiels. Le président de la République a salué sa mémoire, illustrant la portée nationale de l’artiste au-delà du seul cercle des amateurs de chaâbi. L’inhumation au cimetière d’El Alia à Alger confirme également le statut symbolique accordé à sa disparition.
Pourquoi sa disparition compte
La mort d’Abdelmadjid Meskoud ne touche pas seulement ses admirateurs. Elle rappelle aussi un enjeu plus large : la transmission du chaâbi algérien. Ce genre musical repose sur des voix, des textes et des interprétations souvent transmis oralement, ce qui le rend vulnérable si les archives, les enregistrements et les parcours des artistes ne sont pas suffisamment conservés.
À l’heure où les contenus musicaux circulent surtout sur les plateformes numériques, la trajectoire de Meskoud montre qu’une chanson peut survivre à son époque lorsqu’elle porte une mémoire urbaine forte. C’est probablement pour cela que “Ya Dzayer Ya El Aassima” reste associée à Alger presque trente ans après sa sortie.
Abdelmadjid Meskoud laisse derrière lui plus qu’un succès populaire. Il laisse une manière de chanter Alger avec des mots simples, une voix immédiatement reconnaissable et un répertoire qui a accompagné plusieurs générations. Sa disparition, confirmée par plusieurs médias nationaux, intervient dans un contexte où le patrimoine chaâbi doit être davantage documenté et transmis.
Son œuvre rappelle qu’un artiste issu d’un quartier populaire peut marquer durablement l’histoire culturelle d’un pays sans passer par les circuits classiques de légitimation. C’est sans doute là que réside l’essentiel de son héritage : avoir transformé une expérience locale en mémoire collective durable.