Du pain et des jeux et les Algériens seront (mal)heureux…

Au temps des Romains, il y avait les gladiateurs et les courses de char. Au temps des Algériens, nous avons le Terminator et Cristiano Ronaldo. Le poète satirique romain Juvénal aurait certainement retrouver les signes de la décadence romaine dans les gesticulations de cette Algérie contemporaine. Ce poète qui écrivait qu’il fallait donner « du pain et des jeux » aux habitants pour éviter les émeutes et faire oublier les scandales n’aurait pas caché sa verve dans sa poche face aux farces montées de toute pièce en Algérie.

Si les consuls romains et autres politiciens de l’antiquité avaient coutume de distribuer de la farine dans les arènes, en Algérie on distribue des logements, des subventions, des micro-crédits à tout-va en ne prenant en considération aucun critère économique. Mieux encore, les artistes du Moyen-Orient viennent chaque été dans notre pays se remplir les poches avec des cachets mirobolants alors qu’ils ne se produisent que pendant une seule soirée. Une soirée souvent ponctuée par une piètre prestation. Mais peu importe la qualité artistique de  ces concerts et des spectacles pour lesquels l’Algérie débourse des milliards. Le plus important est d’amuser le peuple. Ce peuple frustré, au sens sexuel du terme, qu’on doit absolument contenter par « le pain et le jeux », comme le disait si bien Juvénal en décrivant l’attitude des empereurs romains envers la plèbe de Rome.  Plutôt que d’engager un véritable renouvellement des pratiques politiques qui l’obligerait à affronter certains de ses plus grands vices et défauts, l’Etat algérien et ses tentacules s’enferrent dans une manœuvre tacticienne, quitte à duper une nouvelle fois les Algériens. Et cette fois-ci pour que la duperie soit réellement efficace, on ne se contente pas d’une bouchée de pain et de quelques jeux. On fait appel aux stars du Real de Madrid et on affiche les muscles de Terminator, Arnold Schwarzenegger. Inviter Ronaldo et ses autres camarades du Real en Algérie est sans aucun doute une initiative louable. Mais cette visite inattendue, financée de surcroît par un opérateur de téléphonie mobile publique, relance également de nombreuses questions.

D’abord, sur quelle pelouse impeccable les Algériens vont observer l’incroyable talent de la star planétaire Cristiano Ronaldo ? Aucun de nos stades n’est conforme aux normes internationales. N’aurions-nous pas été mieux inspirés de mettre à niveau notre pays avant de convier ces stars qui risquent de découvrir nos champs de patates équipés de tribunes ? Avec tout l’argent dépensé par les bienfaiteurs qui ont pris en charge la visite des galactiques madrilènes, de nombreux clubs algériens amateurs ou professionnels pourraient construire des académies et des écoles de formation dont manque cruellement notre football national. L’Algérie qui était incapable de former une sélection nationale des joueurs locaux face à la Libye en prévision de la coupe d’Afrique des nations des joueurs locaux (CHAN), a certainement d’autres besoins beaucoup plus urgents. Les dribbles chaloupés de Ronaldo et d’Ozïl ne feront pas oublier aux Algériens la pelouse catastrophique de leur mythique stade du 5 juillet.

Le Real de Madrid en Algérie est au final la preuve que le principe d’amuser les masses pour leur faire oublier les malversations et les scandales se vérifient. Voir tous les Algériens en liesse le temps d’un spectacle, tel est le rêve que caressent beaucoup de nos dirigeants. Aux oubliettes le respect des Droits de l’Homme, la lutte contre la corruption, l’édification d’un Etat de droit, l’indépendance de la Justice et la légitimité du gouvernement. Le plus important est d’amuser pour faire oublier l’essentiel à son peuple.   « Malheureux les pays qui ont besoin de héros » disait Bertolt Brecht, qui, en bon marxiste, pensait que le destin des peuples se forge dans la révolte collective contre l’oppression, et que les hommes ne sont que les accoucheurs interchangeables d’une histoire en train de s’écrire. Mais au lieu d’écrire leur histoire, les Algériens cherchent leur héros. Hier c’était Terminator, demain ça sera Cristiano Ronaldo. Et après-demain ?

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