Avec une capacité de production dépassant 95 000 GWh par an, l’Algérie s’est hissée à la troisième place des producteurs d’électricité africains en 2026, selon le rapport Electricity 2026 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ce résultat place le pays juste derrière l’Afrique du Sud et l’Égypte — et loin devant la plupart de ses voisins subsahariens. Mais ce classement mérite d’être lu avec nuance : la puissance installée de l’Algérie repose presque exclusivement sur le gaz naturel, dans un continent qui doit électrifier 600 millions de personnes encore privées d’accès à l’électricité. Pour Alger, la question n’est plus de produire assez — c’est de produire autrement, et vite.
Un système bâti sur une seule ressource
La force du système électrique algérien est aussi sa principale fragilité. Selon les données du CDER publiées en novembre 2025, 99% de l’électricité nationale provient de centrales thermiques au gaz naturel. Cette dépendance s’est construite logiquement : l’Algérie est le 9ᵉ producteur mondial de gaz, et Sonelgaz, l’opérateur public, a pu déployer un réseau national robuste à moindre coût grâce à cette ressource abondante et bon marché.
Résultat : le parc de production atteint aujourd’hui 27 330 MW de capacité installée, avec une production annuelle de 96,3 TWh en 2025. Pour comparaison, le Nigeria — pays le plus peuplé d’Afrique avec 220 millions d’habitants — peine à dépasser les 15 000 MW en raison de l’état délabré de ses infrastructures. L’Algérie, avec 46 millions d’habitants, produit donc proportionnellement bien davantage.
Juillet 2025 : un record qui alerte autant qu’il rassure
Le 11 juillet 2025, la consommation électrique nationale a battu un record historique en franchissant les 20 628 MW de puissance appelée. Ce pic, atteint en pleine canicule estivale, a été absorbé sans coupure généralisée — une performance notable. Mais il a aussi mis en évidence une tension croissante entre l’offre et la demande.
Entre 2011 et 2025, la consommation électrique des Algériens a triplé. Cette hausse s’explique par l’explosion du parc de climatiseurs (estimé à plusieurs millions d’unités), l’industrialisation progressive du tissu économique et une démographie qui continue de croître. Sonelgaz a déjà annoncé vouloir ajouter 20 000 MW supplémentaires au cours de la prochaine décennie pour sécuriser l’approvisionnement. Sans diversification du mix énergétique, cela signifie davantage de gaz brûlé — et davantage d’émissions.
Le solaire, nouveau pari stratégique
C’est précisément pour sortir de cette impasse que l’Algérie a accéléré ses investissements dans le solaire photovoltaïque. Fin 2024, Sonelgaz Énergies Renouvelables exploitait 30 centrales en service — dont 29 photovoltaïques — pour une capacité totale de 393 MW et une production de 601 GWh. Des chiffres encore modestes (moins de 1% du mix national), mais en croissance rapide : des appels d’offres portant sur 3 200 MW supplémentaires ont été attribués, avec des contrats en cours d’exécution.
L’atout est objectif : le Sahara algérien bénéficie d’un ensoleillement de 3 000 heures par an en moyenne, parmi les plus élevés au monde. Des études de l’AIE et de l’IRENA estiment que le potentiel solaire du territoire algérien pourrait couvrir plusieurs fois la consommation électrique de l’Europe entière. L’enjeu n’est plus technologique — il est financier, logistique et diplomatique : comment acheminer cette énergie vers les marchés européens via des câbles sous-marins ou des interconnexions terrestres ?
L’Algérie face à ses voisins : une Afrique du Nord qui domine
| Pays | Production (GWh/an) | Capacité installée | Population |
|---|---|---|---|
| Afrique du Sud | > 200 000 | ~50 000 MW | 61 millions |
| Égypte | > 200 000 | ~59 000 MW | 107 millions |
| Algérie | ~95 627 | 27 330 MW | 46 millions |
| Maroc | ~45 000 | ~16 000 MW | 38 millions |
| Libye | Données partielles | ~9 000 MW | 7 millions |
Sources : AIE Electricity 2026, IRENA, World Bank
Ce tableau révèle un fait souvent sous-estimé : l’Algérie produit plus d’électricité par habitant que l’Égypte, malgré une population deux fois moindre. C’est la conséquence directe de décennies de subventions énergétiques massives et d’une politique d’électrification universelle menée depuis les années 1970.
2026 : une économie qui mise sur l’énergie pour accélérer
Le contexte macroéconomique favorise ces ambitions. Le FMI a révisé à la hausse ses prévisions de croissance pour l’Algérie en 2026, désormais fixées à 3,8%. La production pétrolière a parallèlement atteint 973 000 barils/jour en mars 2026 — son niveau le plus élevé depuis mai 2023 — et le cap du million de barils est visé avant fin juin. Ces recettes hydrocarbures financent directement les chantiers énergétiques en cours.
Mais Alger sait que cette rente est éphémère. La transition vers les énergies renouvelables n’est plus un discours — c’est une nécessité budgétaire à moyen terme.
Ce que ce classement révèle vraiment
Être le 3ᵉ producteur d’électricité en Afrique est une réalité statistique. Mais le vrai indicateur de puissance énergétique pour les années à venir sera la capacité à décarboner ce système, à exporter de l’électricité verte et à attirer des investisseurs industriels qui cherchent une énergie propre et bon marché. Sur ces trois fronts, l’Algérie a les cartes en main — le Sahara, le gaz comme énergie de transition, et une position géographique à moins de 200 km des côtes européennes. Ce que les prochaines années diront, c’est si ces atouts se transforment en réalisations concrètes, ou restent des promesses sur le papier.



