Algeria Bid Round 2026 : PVEP, l’opérateur vietnamien qui connaît le Sahara mieux que beaucoup d’Européens

Quand Sonatrach a ouvert les portes du Centre international de conférences Abdelatif-Rahal le 19 avril 2026 pour lancer son nouveau cycle pétrolier, une compagnie asiatique était déjà assise au premier…

Champ pétrolier de Bir Seba dans le Sahara algérien, opéré par PVEP (PetroVietnam) et Sonatrach depuis 2015, wilaya d'Ouargla

Quand Sonatrach a ouvert les portes du Centre international de conférences Abdelatif-Rahal le 19 avril 2026 pour lancer son nouveau cycle pétrolier, une compagnie asiatique était déjà assise au premier rang. Pas par courtoisie protocolaire, mais parce qu’elle opère déjà dans le désert algérien depuis vingt-quatre ans. PVEP, filiale d’exploration de PetroVietnam, a foré ses premiers puits sahariens sous l’ère Bouteflika. Elle y produit aujourd’hui 60 millions de barils cumulés sur le champ de Bir Seba, dans la wilaya d’Ouargla. Sa présence au Bid Round 2026 n’est donc pas celle d’un candidat qui découvre l’Algérie sur une carte : c’est celle d’un opérateur qui sait ce que coûte un forage à 200 kilomètres de Hassi Messaoud en plein été saharien.

Sept blocs, 239 millions de barils : ce que l’Algérie met vraiment sur la table

Le Bid Round 2026 porte sur sept périmètres d’exploration dans les bassins sédimentaires du Sahara central et oriental. Les wilayas concernées — Ouargla, Illizi, Touggourt, El Bayadh — sont des zones que les géologues de Sonatrach surveillent depuis les années 1980, mais que les conditions contractuelles passées n’ont pas permis de valoriser pleinement.

Les réserves estimées s’élèvent à 239 millions de barils de pétrole et 19 milliards de mètres cubes de gaz. Ces volumes ne sont pas extraordinaires à l’échelle mondiale, mais ils sont significatifs dans un contexte où l’Algérie cherche à compenser le déclin naturel de ses grands gisements historiques comme Hassi Rmel et Hassi Messaoud, tous deux en production depuis les années 1960.

Six blocs seront attribués sous contrat de partage de production, le septième sous forme de participation directe. Les offres sont attendues avant le 26 novembre 2026, pour une signature de contrats fixée au 31 janvier 2027. Un calendrier serré qui indique que le ministère des Hydrocarbures ne veut pas laisser traîner.

Bir Seba : le laboratoire saharien de PVEP

Pour comprendre pourquoi PVEP est une candidate crédible, il faut regarder ce qui se passe à Bir Seba depuis dix ans. Ce champ pétrolier, situé dans la partie centrale du bassin d’Illizi-Berkine, est entré en production en 2015. PVEP y détient 40% des parts et assume la responsabilité opérationnelle — ce qui signifie qu’elle gère les équipes de forage, la maintenance des puits et la logistique d’approvisionnement dans l’un des environnements les plus contraignants d’Afrique.

Ses partenaires sont Sonatrach (25%) et la thaïlandaise PTTEP (35%). Ce trio atypique — une compagnie d’État algérienne, une asiatique du Sud-Est et une autre d’Asie du Sud-Est — fonctionne. Depuis 2015, le champ a produit plus de 60 millions de barils, pour un investissement total de 1,26 milliard de dollars.

Ce bilan place Bir Seba parmi les projets pétroliers les plus rentables impliquant un opérateur vietnamien hors d’Asie. Et il donne à PVEP une crédibilité opérationnelle que peu de nouveaux entrants dans le Bid Round 2026 peuvent revendiquer.

Ce que le protocole Sonatrach-PVEP de novembre 2025 change vraiment

En novembre 2025, lors du Forum économique Vietnam-Algérie à Alger, PVEP et Sonatrach ont signé un protocole d’accord qui va bien au-delà d’une déclaration de bonne intention. Le texte prévoit explicitement une coopération sur l’exploration et la production dans des pays tiers — ce qui suggère que les deux groupes envisagent de coopérer en dehors de l’Algérie, probablement en Afrique subsaharienne ou en Asie centrale.

Le protocole couvre aussi le GNL, secteur dans lequel l’Algérie cherche à monter en puissance pour alimenter les marchés européens après le reconfiguration des flux gaziers post-2022. Et il intègre les technologies de réduction des émissions de carbone — un signal adressé aux financeurs internationaux et aux agences de notation ESG qui conditionnent de plus en plus l’accès aux capitaux.

Ce n’est donc pas un simple renouvellement de partenariat. C’est la feuille de route d’une relation industrielle qui cherche à changer d’échelle.

Bir Seba phase 2 : les négociations en cours depuis 2022

Parallèlement au Bid Round, PVEP négocie depuis 2022 les conditions d’une deuxième phase d’exploitation sur les blocs 433a et 416b. L’objectif : forer de nouveaux puits pour maintenir le niveau de production de Bir Seba, dont le déclin naturel s’accentuera inévitablement dans les prochaines années.

Ces négociations illustrent un phénomène bien connu dans l’industrie pétrolière saharienne : les coûts de développement d’une deuxième phase sont toujours inférieurs à ceux de la première, car les infrastructures — routes, canalisations, stations de pompage — existent déjà. PVEP le sait. C’est précisément pourquoi elle maintient une présence active à Alger entre deux cycles d’appels d’offres, plutôt que d’attendre les annonces officielles depuis Hanoï.

Ce que le Bid Round 2024 a vraiment appris à Sonatrach

Le premier Bid Round moderne, lancé en 2024, a produit des résultats mitigés mais instructifs. Sur 17 lots initialement identifiés, seuls cinq contrats ont été signés. Les attributaires forment un panel révélateur : TotalEnergies et QatarEnergy sur le bloc Ahara, ENI associée à PTTEP sur Reggane II, le chinois ZPEC sur Zarafa II, Sinopec sur Qarn El Qessa II, et le consortium Zangas-Filada sur Toual II.

Deux enseignements concrets ressortent de ce bilan. D’abord, les majors européennes — hors TotalEnergies — sont quasi absentes, ce qui reflète leurs contraintes ESG et la pression de leurs actionnaires. Ensuite, les compagnies chinoises et du Golfe dominent les attributions, ce qui repose la question de la diversification des partenaires que l’Algérie appelle de ses vœux. Dans ce contexte, PVEP — ni chinoise, ni européenne, ni du Golfe — représente exactement le profil de partenaire que Sonatrach cherche à attirer pour équilibrer son portefeuille.

PVEP joue sa carte saharienne avec méthode

Il n’y a rien d’improvisé dans la présence de PVEP au Bid Round 2026. La compagnie a construit patiemment, depuis 2002, une position unique en Algérie : expérience opérationnelle reconnue, bilan financier solide sur Bir Seba, accord institutionnel récent avec Sonatrach, et négociations parallèles sur la phase 2.

La vraie question n’est pas de savoir si PVEP va soumissionner — elle le fera presque certainement. La question est de savoir sur quels blocs elle va concentrer ses efforts, et si elle cherchera à constituer un consortium avec d’autres partenaires asiatiques, comme elle l’a fait avec PTTEP à Bir Seba. Les réponses arriveront avant le 26 novembre 2026. D’ici là, Alger et Hanoï ont tout intérêt à garder leurs canaux diplomatiques ouverts — vingt-quatre ans de coopération saharienne, ça se protège.