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Dépenses militaires 2025 : l’Algérie écrase le Maroc en Afrique — ce que révèle vraiment le rapport SIPRI

Véhicules blindés de l'Armée nationale populaire algérienne lors du défilé du 1er novembre à Alger, symbole de la montée en puissance militaire du pays en 2025

Il y a dix ans, l’Algérie consacrait 13 milliards de dollars à sa défense. En 2025, cette enveloppe a atteint 25,4 milliards de dollars — soit une hausse de 95% en une décennie. Le rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), publié le 28 avril 2026, ne laisse aucune ambiguïté : aucun autre pays africain ne dépense autant pour son armée. Pas même le Nigeria, pourtant trois fois plus peuplé. Pas même l’Égypte, engagée dans le Sinaï. Et certainement pas le Maroc, qui plafonne à 6,3 milliards malgré une modernisation rapide de ses forces.

Ce n’est pas un caprice budgétaire. C’est le résultat d’une convergence de facteurs précis : une manne gazière post-Ukraine, un Sahel en feu aux portes du pays, et une rupture diplomatique totale avec Rabat depuis août 2021 qui a transformé une rivalité historique en course aux armements documentée.

25% du budget public pour l’armée : ce que ce chiffre veut dire concrètement

Quand le SIPRI indique que la défense représente 25% des dépenses publiques algériennes, cela signifie qu’un dinar sur quatre dépensé par l’État algérien va à l’armée. C’est plus que ce que l’Arabie saoudite consacre à ses forces armées en proportion de son budget, et davantage que la Russie en 2023.

Seule l’Ukraine fait « mieux » — un pays qui subit une invasion de pleine guerre sur son sol depuis février 2022. Cette comparaison, loin d’être flatteuse, révèle l’intensité d’un effort budgétaire sans équivalent dans la région en temps de paix déclaré.

Pour donner un ordre de grandeur maghrébin : le Maroc, en deuxième position africaine, affiche 6,3 milliards de dollars. L’Algérie dépense quatre fois plus. L’Égypte — le pays arabe le plus peuplé, avec une armée historiquement puissante — se situe autour de 5 milliards. L’écart dit beaucoup sur la priorité stratégique qu’Alger accorde à sa puissance militaire.

Le gaz a financé les chars

La clé de cette accélération tient en un mot : Sonatrach. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, l’Algérie est devenue le premier fournisseur de gaz naturel de l’Italie et un acteur incontournable du marché gazier européen. Les recettes d’hydrocarbures, qui représentent environ 60% des recettes de l’État, ont bondi dans des proportions historiques entre 2022 et 2024.

Cette manne a offert à l’exécutif une liberté budgétaire rare. Les crédits militaires n’ont pas été financés par de la dette ou par des coupes dans d’autres secteurs — ils ont été couverts par des excédents pétrogaz. C’est précisément ce qui distingue la trajectoire algérienne de celle du Nigéria ou du Kenya, où les hausses de dépenses militaires se font dans un contexte d’endettement public croissant.

La question qui se pose désormais est simple : que se passera-t-il quand les revenus gaziers déclineront, sous l’effet de la décarbonation européenne et du développement des énergies renouvelables ? Le budget militaire algérien est, pour l’instant, un château construit sur une rente. La rente, elle, a une date de péremption.

Le Sahel : l’ennemi sans visage aux portes du pays

Il serait réducteur de résumer cet effort de défense à la rivalité avec Rabat. La menace la plus immédiate pour la sécurité algérienne vient du sud. Depuis 2021, quatre pays sahéliens ont subi des coups d’État militaires : Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad. Les forces françaises ont été expulsées. Les groupes armés affiliés à l’État islamique et à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ont étendu leur emprise territoriale à quelques centaines de kilomètres des wilayas algériennes du sud.

L’Algérie surveille 6 000 km de frontières terrestres, dont une grande partie traversent le Sahara — un désert incontrôlable par sa nature même. Les investissements récents dans les drones de surveillance longue portée, les unités mobiles d’intervention et les centres de commandement régionaux répondent précisément à cette géographie hostile.

Ce n’est pas de la paranoïa : c’est de la géographie. Et elle coûte cher.

Ce que le SIPRI ne peut pas mesurer : l’opacité algérienne

Le SIPRI lui-même formule une réserve de taille dans son rapport : les données algériennes sont partiellement estimées. Alger ne publie pas de livre blanc de la défense. Elle ne soumet plus aucun rapport au Registre des armes conventionnelles de l’ONU. Les contrats d’achat d’armements — conclus quasi exclusivement avec la Russie — ne font l’objet d’aucune communication officielle.

Ce manque de transparence n’est pas un détail technique. Il a une conséquence analytique directe : une part importante du budget — estimée par certains analystes à 40 à 50% — serait absorbée par les charges salariales et de fonctionnement d’une armée aux effectifs hérités des années 1990, comptant plusieurs centaines de milliers d’hommes sous les drapeaux.

Autrement dit : l’Algérie est incontestablement le premier dépensier militaire d’Afrique. Elle n’est pas nécessairement la première puissance militaire opérationnelle du continent. Les chiffres budgétaires mesurent l’intention ; ils ne mesurent pas l’efficacité.

Alger-Rabat : deux pays qui ne se parlent plus, mais se regardent dans le blanc des yeux

Août 2021 : l’Algérie rompt ses relations diplomatiques avec le Maroc, accusant Rabat de soutien au mouvement séparatiste kabyle et d’actes « inamicaux » répétés. Depuis, les deux pays n’échangent plus d’ambassadeurs, l’espace aérien algérien est fermé aux avions marocains, et les contacts officiels se limitent aux canaux multilatéraux.

Dans ce contexte de rupture totale, les achats d’armes des deux côtés ont une résonance particulière. Le Maroc est devenu en 2025 le premier importateur d’armements d’Afrique selon le SIPRI, avec des acquisitions auprès des États-Unis (drones Reaper MQ-9, lanceurs HIMARS), d’Israël (drones Harop et systèmes de renseignement) et de France. Ces systèmes sont — en grande partie — dimensionnés pour des confrontations interétatiques de haute intensité, pas pour du maintien de l’ordre ou de la lutte antiterroriste.

Face à cela, l’Algérie a accéléré ses commandes auprès de Moscou : chasseurs Su-57, systèmes S-400, sous-marins Kilo améliorés. Le problème : la guerre en Ukraine a désorganisé les chaînes d’approvisionnement militaires russes. Des livraisons accusent des retards. Des pièces de rechange manquent. Et l’hypothèque diplomatique d’une dépendance envers un pays sous sanctions occidentales pèse sur la position algérienne dans les forums internationaux.

des chiffres records, des questions sans réponse

Le rapport SIPRI 2026 confirme ce que les observateurs régionaux constatent depuis plusieurs années : l’Algérie a fait de sa puissance militaire une priorité absolue. Avec 25,4 milliards de dollars dépensés en 2025 et un budget 2026 identique déjà adopté, cette orientation n’est pas conjoncturelle — elle est structurelle.

Mais trois angles morts persistent. D’abord, la soutenabilité financière : si les revenus gaziers reculent d’ici 2030, quel arbitrage l’État algérien sera-t-il contraint de faire entre défense, infrastructures et programmes sociaux ? Ensuite, la dépendance russe : dans un monde où Moscou est sous pression et où les livraisons s’accumulent avec du retard, comment l’ANP maintient-elle sa cohérence opérationnelle ? Enfin, la désescalade régionale : entre un Maroc qui s’arme à l’Ouest et une Algérie qui s’arme à l’Est, qui, dans la région, joue le rôle de pompier ?

Aucune de ces questions n’a de réponse officielle. Et c’est peut-être là le vrai problème.

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