Le 2 mai 2026, Le Roi du Maroc Mohammed VI a signé la nomination de son fils Moulay El Hassan comme coordinateur des bureaux et services de l’État-Major Général des Forces Armées Royales. La date et l’âge du prince — 22 ans — ne doivent rien au hasard. En 1985, Hassan II avait nommé son propre fils au même poste, au même âge. Quarante et un ans plus tard, le Palais rejoue la même partition, note pour note.
Le même poste, le même âge, le même message
Ce n’est pas une coïncidence institutionnelle. C’est une mise en scène calculée. La monarchie alaouite communique rarement par les mots : elle communique par les actes, les dates et les parallèles historiques. En plaçant Moulay El Hassan exactement là où son père se trouvait en 1985, Mohammed VI dit clairement à ses interlocuteurs — marocains et étrangers — que la transition se prépare, qu’elle suit un chemin balisé et qu’il n’y aura pas de surprise.
Ce détail change tout à la lecture de cette nomination. Ce n’est pas une promotion militaire ordinaire. C’est un acte dynastique codé.
Ce que « coordinateur des bureaux de l’État-Major » signifie vraiment
Le titre est technique, presque austère. Mais il place concrètement Moulay El Hassan dans la salle de travail des généraux. Il n’est pas en représentation : il est dans la mécanique. Il accède aux flux d’information militaire, aux réunions de haut commandement, aux circuits de décision que peu de civils — même ministres — ne franchissent jamais.
Dans un pays où le roi est constitutionnellement Chef Suprême des FAR, maîtriser cette institution n’est pas une option pour un futur souverain. C’est une condition sine qua non de l’exercice réel du pouvoir. Hassan II le savait. Mohammed VI l’a appris. Moulay El Hassan commence à le comprendre.
Un prince qui n’est plus en retrait
Depuis 2024, la cadence des apparitions officielles de Moulay El Hassan s’est nettement accélérée. En janvier 2026, il préside le Salon International de l’Édition et du Livre à Rabat — un événement culturel majeur, suivi par les médias arabes et francophones. Il représente régulièrement le roi lors de cérémonies nationales que Mohammed VI n’honore plus de sa présence.
Cette montée en visibilité n’est pas spontanée. Elle est orchestrée. Chaque apparition publique du prince est validée par le Cabinet Royal. À 22 ans, Moulay El Hassan a déjà un profil plus exposé que son père au même âge.
Les FAR ne sont pas une armée ordinaire
Pour saisir l’enjeu réel de cette nomination, il faut rappeler ce que représentent les Forces Armées Royales dans l’équation du pouvoir marocain. Ce ne sont pas simplement 200 000 hommes sous les drapeaux. Depuis les tentatives de coups d’État militaires de 1971 et 1972 contre Hassan II, la relation entre le Palais et l’armée a été profondément restructurée. Les FAR sont aujourd’hui l’une des institutions les plus loyales — et les plus surveillées — du royaume.
Elles jouent aussi un rôle géopolitique croissant. Le Maroc a signé en 2024 un accord de coopération de défense élargi avec Washington. Rabat achète des F-16, des drones Reaper, des systèmes Patriot. Le budget militaire marocain dépasse 5 milliards de dollars annuels, soit l’un des plus élevés du continent africain. Celui qui dirige les FAR demain ne commande pas une armée symbolique : il tient un levier stratégique réel, au carrefour entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient.
La santé du roi : ni le prisme unique, ni un angle à esquiver
La presse internationale lit souvent cette nomination à travers le prisme de la santé de Mohammed VI. Ce raccourci est trop simple — mais pas totalement infondé. Depuis 2024, le roi apparaît moins en public. Son opération de l’humérus gauche en décembre 2024 a été rendue publique, ce qui est rare pour un monarque marocain. La longue tradition du Palais est le silence médical total.
Mais les analystes proches de Rabat rappellent un point essentiel : la formation militaire des princes héritiers alaouites n’a jamais attendu un problème de santé pour s’enclencher. Elle fait partie d’un protocole de formation qui existe indépendamment de la conjoncture. Conditionner la lecture de cette nomination à l’état de santé du roi, c’est manquer l’essentiel : la monarchie marocaine pense en décennies, pas en actualités.
Moulay El Hassan face à un Maroc qui se transforme vite
Le prince héritier prend ses premières fonctions militaires dans un pays en accélération. En avril 2026, Mohammed VI a présidé l’approbation d’un plan de développement territorial à 210 milliards de dirhams sur huit ans. Le Maroc co-organise la Coupe du monde 2030. Rabat consolide son rôle de médiateur africain et de pont entre l’Europe et le continent.
Ce Maroc-là est plus complexe, plus exposé et plus interconnecté que celui que gouvernait Hassan II en 1985. Moulay El Hassan n’héritera pas d’un trône figé dans une géopolitique stable. Il héritera d’un pays en mouvement, avec des attentes sociales fortes, une diaspora active, une jeunesse connectée et des partenaires exigeants.
La nomination du 2 mai 2026 est le premier acte officiel de sa formation au pouvoir réel. Le scénario est celui de son père. Mais le Maroc dans lequel il devra jouer est, lui, entièrement différent.
