Le 21 mai 2026, le général d’armée Saïd Chanegriha a installé le général-major Mounir Zahi comme nouveau Directeur général de la sécurité intérieure, mettant fin aux fonctions du général-major Abdelkader Aït Ouarabi, dit « Hassan », écarté par décret présidentiel trois jours plus tôt.
La discrétion protocolaire de la cérémonie contrastait avec la brutalité du limogeage : Hassan n’aura tenu qu’un an jour pour jour à ce poste, récupéré le 24 mai 2025. Son successeur, Mounir Zahi, n’a jamais travaillé dans le renseignement. Il vient de l’aviation militaire. Il a été formé aux États-Unis. Et il dirigeait la DGSI comme numéro 2 depuis seulement cinq mois. Ce profil inédit dit autant sur l’état du contre-espionnage algérien que sur les choix stratégiques du président Tebboune et du général Chanegriha.
Hassan limogé pour avoir court-circuité Chanegriha
Le départ d’Aït Ouarabi n’est pas une rotation ordinaire. Selon des sources concordantes, le général Hassan aurait établi des contacts directs avec des membres du cabinet présidentiel à El-Mouradia, sans passer par la chaîne de commandement de l’ANP. Dans le système algérien, où la frontière entre l’état-major et la présidence est à la fois poreuse et jalousement surveillée, ce type d’initiative est perçu comme une transgression grave. Chanegriha, qui cumule les fonctions de chef d’état-major et de ministre délégué à la Défense, ne tolère pas qu’un directeur de service développe des canaux autonomes vers le palais.
C’est la quatrième fois en sept ans que la tête de la DGSI change. Avant Hassan, le général Abdelkader Haddad, dit « Nacer El-Djinn », avait lui aussi été remplacé sans préavis. Avant lui, le général Djamel Kehal. Cette instabilité a un coût opérationnel concret : chaque départ entraîne une recomposition des équipes, une interruption des dossiers en cours et une perte de continuité dans le suivi des réseaux surveillés.
Un ingénieur en drones propulsé patron du contre-espionnage
Mounir Zahi a fait sa carrière au sein des forces de défense aérienne du territoire (CFDAT), spécialisé dans les systèmes de drones et la défense aérienne. Aucun de ses prédécesseurs à la DGSI n’avait ce type de parcours. Les directeurs généraux qui se sont succédé depuis la dissolution du DRS en 2016 étaient tous issus, de près ou de loin, des structures historiques du renseignement militaire algérien.
Son passage au département de coopération internationale du MDN l’a conduit à suivre des formations aux États-Unis et à tisser des liens avec des structures proches de l’OTAN. La revue Mondafrique avait noté dès décembre 2025, au moment de sa nomination comme directeur adjoint, que sa promotion « témoigne de la vitalité des relations entre l’Algérie et les États-Unis ». Placer cet homme au sommet de la DGSI cinq mois plus tard confirme que ce signal n’était pas accidentel.
Le choix du profil « page blanche » comme stratégie institutionnelle
Aucune affaire judiciaire, aucun lien documenté avec les pratiques répressives des années 1990, aucune allégeance factionnelle identifiée : Mounir Zahi est ce que les observateurs algériens appellent un profil « propre ». Ce critère compte énormément dans un service dont les anciens directeurs traînaient des casseroles lourdes. Haddad était associé à des pratiques d’intimidation politique. Kehal avait géré des dossiers sensibles liés à la répression du Hirak. Hassan lui-même était surveillé avec méfiance depuis sa nomination.
Chanegriha a donc fait un choix délibéré : un technocrate sans base politique propre, sans réseau interne hérité, totalement dépendant de la chaîne de commandement pour sa légitimité. C’est précisément ce qui le rend utile — et contrôlable.
La DGSI face aux nouvelles menaces sahéliennes
La nomination d’un expert en drones à la tête du contre-espionnage intérieur n’est pas déconnectée du terrain. Depuis l’effondrement du régime de transition au Mali et la montée en puissance des groupes armés au Niger et au Burkina Faso, la frontière sud de l’Algérie est devenue une zone de surveillance permanente. Les réseaux de trafics — armes, migrants, carburant — utilisent des technologies de communication et de navigation que les méthodes classiques du renseignement humain ne suffisent plus à détecter.
L’expertise de Zahi Mounir en systèmes aériens et en défense technique représente une réponse directe à cette évolution. Sa connaissance des réseaux américains lui ouvre par ailleurs un accès à des technologies de renseignement signals (SIGINT) et à des données satellitaires que l’Algérie ne peut produire seule. Sur ce point précis, son profil est fonctionnellement cohérent avec les priorités opérationnelles de la DGSI en 2026.
En installant Mounir Zahi à la tête de la DGSI, Chanegriha ne fait pas que gérer un poste vacant. Il impose un modèle : des directeurs de services compétents techniquement, neutres politiquement, ouverts à l’Occident et entièrement redevables à l’état-major. Ce modèle règle à court terme le problème de l’autonomisation des chefs de services. Il ne règle pas la question de fond : pourquoi la DGSI, principal bouclier du contre-espionnage algérien, change-t-elle de patron tous les douze mois ? Tant que cette instabilité ne sera pas traitée à sa racine — les rivalités internes entre les différents pôles du pouvoir algérien — aucune nomination, aussi pertinente soit-elle, ne pourra suffire.