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Gaz : pourquoi Ségolène Royal alerte Macron sur le coût de la crise avec l’Algérie ?

La flambée des prix de l’énergie en Europe remet brutalement sur la table une question que beaucoup préféraient éviter : la France paie-t-elle le prix fort pour sa brouille diplomatique avec l’Algérie ? C’est ce que clame Ségolène Royal, présidente de l’association France-Algérie, dans une sortie remarquée le 20 mars 2026. Alors que les prix du gaz atteignent des sommets et que les voisins européens de la France renforcent leurs liens avec Alger, Paris reste paralysée par une crise diplomatique ouverte en 2024. Retour sur un paradoxe géopolitique qui coûte cher.

La déclaration qui fait débat

Le 20 mars 2026, Ségolène Royal publie un message percutant sur le réseau social X. « Face à la flambée du prix des énergies, on mesure l’absurdité du conflit avec nos voisins producteurs de gaz comme l’Algérie », écrit l’ancienne ministre et candidate à la présidentielle. Elle vise directement Emmanuel Macron, mais aussi les responsables politiques de droite et d’extrême droite — RN en tête — qu’elle accuse de nourrir l’hostilité envers Alger au détriment des intérêts économiques français.

Ce n’est pas la première fois que Royal tire la sonnette d’alarme. En février 2026 sur TF1, elle avait déjà appelé à la réconciliation, avertissant : « Un jour, il sera trop tard. » Sa posture tranche avec le silence officiel de l’Élysée sur ce dossier brûlant.

Retour sur la crise diplomatique depuis 2024

Tout commence en juillet 2024 lorsqu’Emmanuel Macron reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Pour Alger, c’est une trahison. L’Algérie suspend les relations diplomatiques, procède à des expulsions réciproques de diplomates et restreint les visas pour les officiels français.

Deux ans plus tard, un léger dégel s’amorce. En février 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez se rend à Alger les 16 et 17 février pour poser « un premier jalon pour renouer le dialogue ». Le 15 mars 2026, les ministres des Affaires étrangères des deux pays s’entretiennent par téléphone. Mais les frictions persistent sur deux dossiers bloquants : l’énergie et le Sahara occidental.

Royal, qui a rencontré le président Tebboune en janvier 2026, accuse Macron d’avoir suspendu cette relation « sans raison valable ». Elle plaide pour une reconnaissance des crimes coloniaux français comme socle d’un dialogue durable.

L’Algérie, un partenaire énergétique que l’Europe s’arrache

La crise géopolitique mondiale a changé la donne. Depuis fin février 2026, les tensions en Iran perturbent les approvisionnements en hydrocarbures. Le détroit d’Ormuz reste sous forte pression, les prix du pétrole dépassent les 100 dollars le baril et le gaz naturel a bondi de 30 à 70 dollars le MWh en quelques mois. En Europe, la hausse atteint 50% sur le seul mois de mars 2026, avec des stocks bas et un hiver plus rigoureux qu’anticipé.

Dans ce contexte, l’Algérie s’impose comme un fournisseur incontournable. Géographiquement proche, dotée d’infrastructures de gazoducs fiables et de capacités en GNL, Sonatrach répond aux besoins d’une Europe en quête de stabilité. Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, a publiquement salué la « fiabilité » des contrats algériens à long terme.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

La Commission européenne a d’ailleurs dépêché son commissaire à l’énergie à Alger en février 2026. La part algérienne dans les importations gazières de l’UE est passée de 7,7% à une proportion plus élevée, en progression rapide.

Ce que la crise coûte concrètement à la France

Pendant que ses voisins consolident leurs alliances avec Alger, la France fait cavalier seul — et le prix est élevé. Depuis l’arrivée au pouvoir de Tebboune, Paris aurait perdu près de 18 milliards de dollars de marchés. En février 2026, Engie a retiré ses équipes du champ gazier de Touat, un signal fort de la dégradation des relations industrielles.

MoisVolume GNL algérien importé (Mt)Variation
Décembre 20240,373
Janvier 20250,098−73,7%

Pour compenser, la France se tourne vers le GNL américain. Mais ce choix a un double coût : il est plus cher, car les frais de transport maritime sont bien plus élevés, et plus polluant, en raison des émissions liées au transport longue distance. Le cabinet Xerfi estime que la suspension des contrats à long terme avec l’Algérie pourrait représenter 1,25 milliard de dollars de surcoûts pour la France — une note « absorbable » selon certains analystes, mais politiquement difficile à justifier en période de crise.

Pour les ménages français, la conséquence est directe : les factures d’énergie ont augmenté de 20 à 40% selon les foyers. Les industriels, eux, répercutent ces surcoûts sur leurs prix de production.

La France à contre-courant de ses partenaires européens

La comparaison avec l’Italie est cinglante. Rome entretient des relations solides avec Alger depuis des années et bénéficie d’un accès prioritaire au gaz algérien via le gazoduc Transmed. La visite de Giorgia Meloni prévue fin mars 2026 illustre cette stratégie de proximité assumée.

L’économiste El-Mouhoub Mouhoud appelle à une coopération franco-algérienne élargie : sécurisation des infrastructures gazières à court terme, mais aussi hydrogène vert, énergies renouvelables et numérique à moyen terme. Le chercheur Brahim Oumansour, de l’IRIS, souligne quant à lui le potentiel du corridor SouthH2 — un projet associant l’Algérie, la Tunisie et plusieurs pays européens pour l’exportation d’hydrogène vers le nord de la Méditerranée. La France, absente de ces discussions, risque de rater un tournant stratégique majeur.

Des liens industriels qui résistent, mais fragilisés

Malgré les turbulences politiques, TotalEnergies maintient ses accords avec Sonatrach. Des contrats signés en 2023 et 2025 portent sur la production de GNL et visent 100 000 barils/jour d’ici fin 2026. Le PDG Patrick Pouyanné a d’ailleurs plaidé publiquement pour « ne pas politiser les relations économiques entre la France et l’Algérie ».

Ce maintien des liens industriels montre que le tissu économique franco-algérien est plus solide que les tensions politiques. Mais il ne suffira pas si la crise diplomatique perdure. Les experts avertissent : la France perd de l’influence en Afrique du Nord au profit de l’Italie, de la Turquie et même de la Chine, qui multiplient les partenariats avec Alger.

l’heure des choix pour Paris

Ségolène Royal a mis le doigt sur une contradiction difficile à ignorer : alors que l’Europe entière se bat pour sécuriser son approvisionnement en gaz, la France entretient une brouille diplomatique coûteuse avec l’un des fournisseurs les plus fiables et les plus proches du continent. La reprise timide du dialogue en mars 2026 offre une fenêtre d’opportunité, mais elle reste fragile.

Les prochaines semaines seront décisives. La visite de Meloni à Alger fin mars pourrait encore accentuer le contraste entre une Italie pragmatique et une France paralysée par ses choix géopolitiques de 2024. Macron devra arbitrer entre cohérence diplomatique sur le dossier sahraoui et urgence énergétique pour les Français. Dans une Europe qui ne peut plus se permettre le luxe des brouilles avec ses voisins producteurs, le coût de l’inaction risque, lui, de continuer à grimper.

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