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Texstyle Expo 2026 : derrière le succès du salon, une filière textile algérienne encore à 23% de son autonomie

Trois jours, 200 exposants, une Masterclass italienne et une délégation turque qui s’est déplacée en bloc. La 9e édition de Texstyle Expo, tenue du 20 au 22 avril 2026 au Palais des expositions de la Safex à Alger, a affiché des signes extérieurs de dynamisme. Mais le chiffre qui résume le mieux l’état réel du secteur, personne ne l’a mis en avant dans les discours d’ouverture : l’Algérie couvre aujourd’hui 23% de ses besoins nationaux en textile et confection. Le reste — les 77% — est importé.

C’est ce paradoxe qui rend Texstyle Expo 2026 intéressant. Ce n’est pas le salon d’un secteur qui a réussi. C’est le salon d’un secteur qui essaie, sérieusement et avec des moyens croissants, de ne plus dépendre de ce qu’il ne fabrique pas encore.

Ce que cache le chiffre de 200 exposants

Quand un salon annonce 200 exposants, le réflexe est de crier victoire. Regardons de plus près : sur ces 200 entreprises, 140 sont algériennes et 60 sont étrangères. Les étrangères viennent principalement vendre des équipements, des matières premières ou prospecter un marché de 45 millions de consommateurs. Ce n’est pas la même chose qu’investir.

L’exception notable, c’est la Turquie. La délégation économique turque venue le deuxième jour du salon n’est pas venue regarder. Elle est venue rencontrer les groupes turcs déjà installés en Algérie — à commencer par Tyal, le complexe algéro-turc qui produit de la filature au vêtement fini et exporte 70% de sa production. Ce modèle — investissement étranger, production locale, export — est exactement ce que l’État cherche à reproduire. Le problème, c’est que Tyal reste pour l’instant une exception dans un paysage industriel encore dominé par des groupes publics en restructuration.

Getex : un géant public qui apprend à vendre

Le holding Getex était l’un des exposants les plus en vue du salon. Trente-neuf unités de production, six filiales, une couverture de toute la chaîne de valeur : sur le papier, c’est impressionnant. Dans les faits, c’est un groupe public hérité du modèle industriel des années 1970, en train de se réinventer — laborieusement mais réellement.

Ses atouts existent. La filiale Aced exporte du cuir transformé vers l’Italie. La marque Jackets Club distribue dans tout le pays. Mais Getex est aussi venu à Texstyle Expo avec une liste de courses : trouver des fournisseurs de coton, de toile de jute et de machines industrielles. Ce n’est pas un défaut — c’est la réalité d’un groupe qui n’a pas encore sécurisé ses approvisionnements. L’intégration verticale promise est un horizon, pas encore un acquis.

90% des fils produits localement : une vraie rupture

Il y a un chiffre qui mérite d’être mis en valeur, parce qu’il est souvent noyé dans les discours officiels : 90% des fils utilisés sur le marché algérien sont aujourd’hui produits en Algérie. Il y a cinq ans, ce ratio était inversé.

Ce résultat est directement lié au complexe de Relizane, conçu pour couvrir la filature et le tissage à grande échelle. C’est ce type d’investissement structurant — long à construire, coûteux, peu médiatique — qui permet au secteur de tenir une progression de 12% de la production sur les dernières années. La filature ne fait pas les gros titres, mais elle est la condition de tout le reste.

La Masterclass italienne : un signe discret mais éloquent

Parmi les nouveautés de cette édition, une école italienne de mode a animé une Masterclass destinée aux professionnels algériens du textile. Cela peut sembler anecdotique. Ce ne l’est pas.

L’Italie est la référence mondiale pour la qualité textile haut de gamme. Faire venir une école italienne à Alger, c’est reconnaître implicitement que le problème du textile algérien n’est pas seulement quantitatif — produire plus — mais qualitatif : produire mieux, avec un design crédible, pour des marchés exigeants. La filiale Aced qui exporte du cuir vers l’Italie en sait quelque chose : tenir les standards italiens est une école en soi.

C’est aussi un signal en direction de la Zlecaf. Le marché africain ne se gagne pas uniquement par les prix bas — la Chine y est présente depuis des décennies avec cet argument. L’Algérie doit trouver un positionnement différent : proximité géographique, qualité intermédiaire maîtrisée, régularité des livraisons.

Ce que Maroc et Tunisie ont que l’Algérie n’a pas encore

Pour situer honnêtement les enjeux, il faut nommer ce que les discours officiels évitent : le retard structurel par rapport aux voisins.

La Tunisie exporte des textiles vers l’Europe depuis les années 1980. Le Maroc a attiré des sous-traitants européens depuis les années 1990 et possède aujourd’hui des clusters textiles reconnus — notamment à Fès et Casablanca — capables de livrer en fast-fashion des donneurs d’ordre français ou espagnols en 72 heures.

L’Algérie démarre cette transition avec une génération de retard. Elle n’a pas encore de zone franche textile opérationnelle, peu de certifications qualité reconnues à l’international, et une logistique export encore peu rodée. Texstyle Expo ne résout pas ces défis. Mais il crée les contacts qui peuvent, à terme, aider à les surmonter.

le salon comme thermomètre, l’usine comme étalon

Texstyle Expo 2026 est un bon salon. Les chiffres de participation sont en hausse, les partenaires étrangers sont sérieux, et la présence de formations professionnelles dans le programme montre une maturité nouvelle.

Mais un salon reste un salon. L’étalon réel du secteur textile algérien se mesurera dans dix-huit mois, quand les statistiques douanières diront si la part des importations a reculé, si Tyal ou Getex ont signé des contrats africains, et si le complexe de Relizane a augmenté ses cadences. Passer de 23% à 40% d’autonomie nationale : voilà l’objectif concret qui devrait figurer dans chaque communication institutionnelle sur ce secteur.

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