Algérie : une nouvelle stratégie nationale pour contrer les cybermenaces d’ici 2029
L’Algérie vient de franchir une nouvelle étape dans la protection de son espace numérique en publiant la première édition de la Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information pour la période 2025‑2029. Ce document, élaboré par l’Agence de la sécurité des systèmes d’information (ASSI) sous la tutelle du ministère de la Défense nationale et approuvé par le président Abdelmadjid Tebboune, vise à structurer la réponse du pays face à la montée des cyberattaques et à accompagner la transformation digitale de l’État et de l’économie.
En misant sur la souveraineté numérique, le renforcement des institutions, la coopération internationale et la montée en compétence des ressources humaines, les autorités entendent bâtir une cyber‑résilience durable dans un contexte où l’Algérie a enregistré plus de 70 millions de cyberattaques en 2024, selon Kaspersky.
Une stratégie nationale 2025‑2029 au cœur de la transformation numérique
La Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information couvre la période 2025‑2029 et constitue désormais la feuille de route officielle de l’Algérie en matière de cybersécurité. Elle fixe comme objectifs la protection des institutions de l’État, des organismes nationaux et des infrastructures numériques stratégiques, ainsi que la sécurité des données publiques et sensibles.
Dans la préface du document, Abdelmadjid Tebboune rappelle que la numérisation généralisée de l’administration doit faciliter le quotidien des citoyens et soutenir la relance économique, tout en reconnaissant que cette politique fait de l’Algérie une cible privilégiée pour les acteurs malveillants. La stratégie entend donc garantir la stabilité, l’intégrité et la confidentialité des systèmes d’information afin d’assurer la continuité des services publics et de préserver la souveraineté numérique du pays.
Un dispositif institutionnel renforcé autour de l’ASSI
Au centre de ce dispositif, l’Agence de la sécurité des systèmes d’information joue un rôle de pilotage et de coordination des actions de cybersécurité au niveau national. Placée sous l’autorité du ministère de la Défense nationale, l’ASSI est chargée d’élaborer la stratégie, de suivre sa mise en œuvre et d’accompagner les institutions publiques ainsi que les acteurs privés concernés.
La stratégie nationale s’appuie aussi sur la mise en place d’un Conseil national dédié à la sécurité des systèmes d’information, appelé à assurer la cohérence globale des politiques et à arbitrer les grandes orientations. Ce renforcement institutionnel s’inscrit dans la continuité d’un décret présidentiel publié en janvier 2026, qui impose à chaque institution et organisme public de créer une structure spécifiquement chargée de la sécurité des systèmes d’information, placée sous l’autorité directe du premier responsable de l’entité.
Une organisation de la cybersécurité plus structurée
- Création ou consolidation de structures internes de cybersécurité dans les administrations.
- Rôle central de l’ASSI comme organe d’expertise, d’alerte et de coordination nationale.
- Mise en place d’un cadre organisationnel et normatif harmonisé pour l’ensemble des secteurs.
Cette architecture vise à passer d’une approche fragmentée à un système national de cybersécurité cohérent, déjà esquissé dès 2020 pour accompagner la transformation numérique.
Des priorités : souveraineté numérique, protection des données et continuité des services
L’un des axes majeurs de la stratégie est la défense de la souveraineté numérique de l’Algérie, c’est‑à‑dire la capacité de l’État à contrôler ses infrastructures critiques, ses données sensibles et ses plateformes numériques. Les autorités insistent sur la nécessité de détecter et d’anticiper les attaques suffisamment tôt pour éviter des perturbations susceptibles de paralyser des secteurs clés comme l’énergie, les finances, la santé ou les transports.
Les priorités affichées incluent :
- La protection des systèmes d’information de l’État et des infrastructures critiques.
- La sécurisation des données publiques, stratégiques et personnelles.
- La continuité des services publics essentiels, même en cas d’attaque majeure.
- Le renforcement de la confiance des citoyens dans les services numériques.
Selon des données relayées par l’Agence Ecofin, l’Algérie a subi plus de 70 millions de cyberattaques en 2024, illustrant la pression croissante sur les réseaux nationaux. Malgré des progrès législatifs et institutionnels, le pays est encore classé au stade « d’établissement » (T3) en matière de cybersécurité dans le Global Cybersecurity Index de l’Union internationale des télécommunications, ce qui traduit un engagement réel mais des capacités techniques encore perfectibles.
Principaux objectifs opérationnels
| Axe prioritaire | Objectif annoncé |
|---|---|
| Protection des systèmes d’information | Sécuriser les institutions et organismes nationaux contre l’ensemble des menaces. |
| Cyber‑résilience | Assurer la continuité des services et la capacité de reprise après incident. |
| Souveraineté numérique | Préserver le contrôle national sur les données et les infrastructures critiques. |
| Confiance des citoyens | Renforcer la fiabilité perçue des services publics en ligne. |
| Cadre juridique et organisationnel | Mettre en place des normes et procédures unifiées dans tous les secteurs. |
Compétences, formation et écosystème : un effort sur le capital humain
La stratégie souligne que la réussite de la cyber‑résilience repose sur la mobilisation de compétences locales expérimentées en cybersécurité. L’ASSI prévoit d’accompagner les organismes publics et certaines entités privées sur les quatre prochaines années, en aidant à l’évaluation des risques, à la mise en conformité et à la mise en place de mesures de protection adaptées.
Ces actions s’inscrivent dans un mouvement plus large de renforcement du capital humain engagé ces dernières années. En 2024, une École supérieure de cybersécurité a été créée au sein du pôle technologique de Sidi Abdellah, avec l’objectif de former une nouvelle génération d’experts nationaux. Parallèlement, des modules de cybersécurité ont été intégrés dans les formations TIC destinées aux jeunes via des « Skills Centers » déployés à travers le pays.
Vers un environnement propice à la cybersécurité
La stratégie ambitionne de créer un environnement national favorable à la cybersécurité, capable de répondre à l’émergence de nouvelles technologies et aux défis de la transformation numérique. Cela passe par :
- La généralisation des bonnes pratiques de sécurité dans les institutions et les entreprises.
- Le développement d’un écosystème de prestataires et de solutions de confiance.
- La sensibilisation des citoyens et des usagers aux risques cyber.
Coopération internationale et partenariats : une réponse globale à des menaces globales
Consciente que les cybermenaces ne connaissent pas de frontières, l’Algérie fait de la coopération internationale un pilier de sa stratégie. L’ASSI met en avant la nécessité d’harmoniser les actions et de mutualiser les efforts avec les pays partenaires pour bâtir une résistance collective aux attaques.
Ces dernières années, l’Algérie a multiplié les initiatives dans ce domaine. En 2025, elle a organisé avec l’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA) la deuxième édition du Forum algéro‑coréen sur la cybersécurité, axé sur le transfert de savoir, l’innovation et le renforcement des capacités opérationnelles. Un protocole d’accord a également été signé entre l’entreprise publique Proxylan SPA (filiale du CERIST) et la société russe Positive Technologies pour renforcer les capacités nationales de protection des systèmes d’information.
Coopération nationale et partage d’information
Sur le plan interne, la stratégie encourage la mutualisation des moyens entre secteurs public et privé et la promotion de l’échange d’informations sur les incidents, les vulnérabilités et les bonnes pratiques. L’objectif est de faire émerger une approche collaborative, où les institutions, les entreprises et les opérateurs critiques partagent davantage leurs retours d’expérience afin de réagir plus rapidement aux menaces.
Un enjeu stratégique pour la transformation numérique de l’Algérie
En mettant la cybersécurité au centre de sa stratégie numérique, l’Algérie cherche à concilier modernisation de l’État, développement économique et protection des intérêts stratégiques. Les autorités affirment leur ambition de faire du pays un leader continental en matière de transformation numérique, avec des services publics largement numérisés et une économie numérique créatrice de valeur à l’horizon 2030.
Cependant, le volume élevé d’attaques constatées et le classement actuel dans le Global Cybersecurity Index montrent que la marge de progression reste importante. Le succès de la Stratégie nationale 2025‑2029 dépendra de la capacité à traduire les orientations en mesures concrètes : renforcement effectif des infrastructures, montée en puissance des structures internes de cybersécurité, mise à niveau continue des compétences et implication durable du secteur privé.
À mesure que la digitalisation s’étend à tous les domaines – de l’administration en ligne aux services financiers, en passant par l’éducation et la santé – la cybersécurité devient un prérequis pour préserver la confiance des citoyens et des investisseurs. La période 2025‑2029 fera donc office de test décisif pour mesurer la capacité de l’Algérie à construire une cyber‑résilience à la hauteur de ses ambitions numériques.